Louis XI
Avec Historia :
Louis XI était-il machiavélique, cruel et maladif ? Les idées reçues décryptées par son biographe :
Louis XI, dont le règne s’étend de 1461 à 1483, a une image ambivalente : il serait un être dur, fourbe et souffreteux, mais aussi l’un des plus solides bâtisseurs du royaume capétien. Qu’en est-il réellement ? Amable Sablon du Corail, son biographe, fait le point sur les affirmations qui entourent souvent ce roi complexe et controversé.
Louis XI est un mauvais fils ?
Vrai. « Dès 1439-1440, il entre en rébellion ouverte contre son père, Charles VII, alors qu’il n’a que 16 ans. C’est ce qu’on appelle la Praguerie, une révolte de grands seigneurs, dont il devient le chef théorique. Le royaume est encore en pleine guerre de Cent Ans, mais Charles VII réussit magnifiquement à venir à bout de la prise d'armes – cela lui permet de réaffirmer son monopole en matières fiscale et militaire. Le dauphin, après son équipée un peu piteuse, doit, lui, se soumettre devant toute la cour, à Cusset, près de Vichy, en juillet 1440. Cela donne lieu à un épisode célèbre : le dauphin regimbe un peu et exige de son père qu'il accorde son pardon à un autre rebelle, Georges de La Trémoille. Mais le roi refuse.
Après cela, Charles VII confie tout de même des missions d'importance à son fils, lieutenances générales et expéditions militaires d'envergure. Néanmoins, le dauphin reste frustré : il considère qu’il serait un souverain bien plus capable que son père.
Voir aussi : Comment la folie du roi Charles VI se serait-elle tragiquement déclarée pendant la guerre de Cent Ans
La vraie rupture intervient en 1446 : Louis trempe dans un nouveau complot et le roi l’exile en Dauphiné. Le prince transforme ce séjour imposé, mais qui ne devait être que temporaire, en expérience de gouvernement autonome. Il décide même de se marier avec une princesse, Charlotte de Savoie, sans consulter son père ! C’est un acte d’une immense audace, car les princes ne disposent pas librement de leur corps.
Charles VII, poussé à bout, décide en 1456 de le ramener de force à la cour et prend la tête d'une armée, ce qui contraint le dauphin à s’enfuir chez le duc de Bourgogne, Philippe le Bon – autrement dit chez le plus grand rival de son père. Louis est accueilli par son parent, bien que la situation le mette dans l’embarras. Il est toutefois impossible à Philippe le Bon de le renvoyer sans entacher son honneur. Le dauphin de France reste donc près de Bruxelles jusqu’à la mort de Charles VII, en 1461… »
Louis XI compense son incompétence militaire par une diplomatie machiavélique ?
Faux. « Charles VII donne l’opportunité à son fils de très bien se former dans le domaine militaire. Louis reçoit l’enseignement de capitaines parmi les plus expérimentés et les plus rudes de la guerre de Cent Ans. Alors qu’il a entre 17 et 23 ans, il peut ainsi se distinguer dans plusieurs campagnes. Avec Henri IV, c’est le seul roi capétien qui ait également été un grand capitaine ! Ses formateurs lui apprennent le pragmatisme : leur devise est "qui en a le profit, en a l'honneur", ce qui est assez éloigné, notons-le, des valeurs habituellement prêtées à la chevalerie.
Voir aussi : Qui était le très puissant duc de Bourgogne Philippe le Bon au XVe siècle ?
Sa manière de mener les affaires politiques ne s’oppose pas à son expérience militaire : elle en est inspirée. Son art de gouverner est un art de commander. Louis XI a appris à déléguer. Lorsqu’il est loin d’un théâtre d’opération, il donne une ligne générale, mais laisse une grande marge de manœuvre à ses lieutenants, ce qui dénote une culture de l’efficacité. "Faites comme verrez à l'oeil", dit-il souvent dans ses lettres. Il n’est pas un stratège de cabinet, contrairement à Louis XIV ou même Charles le Téméraire, fils de Philippe le Bon, qui, lui, tend à faire ce qu’on pourrait appeler du « micro-management ».
Louis XI a une approche intégrée de la politique. La guerre est un des moyens qui lui permettent d’atteindre ses objectifs, parmi d’autres, comme la subversion ou la corruption. Sa réputation de maître en diplomatie vient aussi peut-être de sa répugnance à accepter des batailles rangées, trop aléatoires à ses yeux. Louis XI privilégie, tout comme le connétable du Guesclin dans les années 1360-1370, une stratégie indirecte, en définitive beaucoup plus efficace.
Ajoutons qu’avec lui, un accord est toujours transitoire car ce qu’il cherche, c’est à écraser son adversaire. Tous ses traités sont des trêves. »
Il maltraite les grands féodaux pour accaparer le pouvoir ?
Plutôt vrai. « Louis XI ne supporte aucune concurrence. De ce point de vue, il s’inscrit dans la continuité de son père. Il cherche à accroître l’emprise de l’État royal sur le territoire. Les grands seigneurs et les princes du sang apanagés lui apparaissent comme un obstacle à l’unification du royaume. Il prend aussi un malin plaisir à s’opposer à tous les projets des branches cadettes de sa famille à l’étranger, que ce soient les Anjou à Naples, les Orléans dans le Milanais ou les ducs de Bourgogne du côté de l’Empire. Il ne supporte pas que les grands princes aient des diplomaties autonomes – c’est l’une des causes, entre autres, de la guerre du Bien Public, en 1465. Cependant, cela ne signifie nullement qu'il soit hostile à la noblesse en général, qui lui fournit tous ses cadres, à la Cour, dans l'armée et l'administration. »
C’est un roi bourgeois ?
Faux. « Cette idée vient en partie de sa politique favorable à l’égard des villes, qu’il voit comme des lieux de richesse, mais aussi de révoltes potentielles. Il leur accorde des privilèges et une autonomie de gestion, qui donne un fort pouvoir local à quelques familles de la notabilité bourgeoise. En échange, les villes doivent se montrer loyales. Et malheur à celles qui ne le seraient pas !
Voir aussi : Louis XIV, un roi absolu, dépensier et fauteur de guerre ? 12 idées reçues passées au crible par Thierry Sarmant
Sur le plan personnel, son mode de vie est incontestablement aristocratique. Tous ses proches conseillers sont nobles, à une exception près, son fidèle secrétaire Jean Bourré. Il chasse, il aime la guerre et il se moque volontiers des bourgeois, par exemple de leur manière maladroite de monter à cheval. De même, il se montre infiniment plus magnanime avec les aristocrates qui se révoltent contre lui ! »
Il est responsable de la mort de son grand rival, Charles le Téméraire ?
Vrai et faux. « L’autorité du duc de Bourgogne s’étend loin au nord, sur l’essentiel des Pays-Bas et le nord de la France actuelle ; il est à la tête d’un véritable État, avec une fiscalité autonome, une Cour prestigieuse et une administration active. Avec le duc de Bretagne, il est le seul prince qui représente vraiment un danger pour l'unité du royaume.
Voir aussi : Les très riches heures des ducs de Bourgogne. Jusqu’en 1472, Charles le Téméraire résiste bien. Puis il multiplie les erreurs… Sa politique est notamment trop agressive vis-à-vis des puissances de l’Empire germanique, ce qui lui suscite de rudes adversaires, dont les Suisses, qui le battent à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’il trouve la mort au siège de Nancy, en 1477. Dans cette affaire, Charles le Téméraire a surtout été victime de lui-même ! Son dernier combat ressemble même à une pulsion suicidaire.
On a pu dire que Louis XI avait manipulé les Suisses, ce qui est faux. En revanche, il savait d’expérience – les ayant déjà combattus – que les Suisses possédaient une armée redoutable. Il a anticipé ce qui allait se passer et il a soufflé de loin sur les braises. »
Il enferme ses ennemis dans d’affreuses cages de fer ?
Plutôt faux. « Elles existent sous Louis XI, mais ce ne sont pas, comme on les a représentées, des sortes de cages à oiseau suspendues au plafond. Il s’agit de cellules de sécurité posées à même le sol et qui, le plus souvent, ne servent que la nuit.
En fait, les détenus politiques sont très peu nombreux à l’époque et les évasions ne sont pas rares. Il ne faut pas se représenter la France de Louis XI comme un État policier. Les rois de France ne disposent pas de moyens de coercition efficaces et massifs avant le règne personnel de Louis XIV. Louis XI se montre, certes, particulièrement autoritaire, mais la répression politique ne touche qu’un petit nombre de personnes. L'exemple du cardinal Balue, qui a effectivement subi le régime de la cage de fer pendant une dizaine d'années, est exceptionnel. D’une manière générale, la répression royale est très ciblée, ce qui est la condition de son efficacité.»
C’est un roi laid et tout le temps malade ?
À nuancer. « Ceux qui le décrivent sans a priori évoquent sa taille moyenne, ses traits marqués, son nez accusé et le disent très brun. Il a aussi des jambes arquées de cavalier. Dès lors, on peut dire qu’il n’a pas la prestance de son contemporain, le roi d’Angleterre Édouard IV, qui est un homme très séduisant. En revanche, Louis XI, contrairement à sa réputation, est très peu malade au cours de sa vie, du moins jusqu’en 1478-1479. Il est alors affecté par des AVC, qui assombrissent ses dernières années. »
Son agonie se déroule dans une atmosphère pathétique de paranoïa ?
Vrai. « À partir de 1479, il transforme son château du Plessis-du-Parc, à Tours, en camp retranché. Il limite l’accès à cette résidence et à sa personne. Il devient obnubilé par sa survie car il est obsédé par l’achèvement de son projet politique. Quelques semaines avant sa mort, il prépare encore une invasion contre le seul grand adversaire qu’il lui reste : le duc de Bretagne.
Voir aussi : Louis XI : un fédérateur pour une France forte
Dans son déclin, pour tenter de prolonger sa vie, il fait venir à grands frais des reliques. Il demande même qu'on lui apporte la Sainte-Ampoule servant au sacre des rois de France – elle arrivera après sa mort. Des médecins payés des fortunes tentent de le soigner et François de Paule, un ermite calabrais à la réputation de sainteté, est appelé à son chevet… Malgré tout cela, la mort est au bout du chemin : Louis XI rend l’âme à tout juste 60 ans, ce qui est un âge qu’aucun souverain capétien n’avait atteint avant lui. »
Il reste comme une personnalité terrible mais comme un grand souverain ?
Vrai. « On peut dire, je crois, qu’il a été un grand roi, mais pas un bon roi - aussi bien d'après les critères du temps que d'après les nôtres. Il est intéressant de constater que, selon les périodes, l’historiographie a insisté sur l’un de ces deux aspects. Louis XI est par exemple très apprécié sous Louis XIV pour son effort d’unification du royaume, mais très dénoncé à la fin du XVIIIe siècle, comme figure de l’arbitraire. Les deux images sont vraies, mais incomplètes. Son premier objectif était l’agrandissement, la "dilatation" du royaume, et non le bonheur de ses sujets. »
A noter : Amable Sablon du Corail est l'auteur de Louis XI ou Le joueur inquiet, paru chez Alpha (coll. Alpha Histoire, 2023).
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