Eût-il fallu s-avoir l'unité d'im-porte anse au trois...


La notion de priape est aussi une fonction astrologique
(Priape et Lune Noire)


Phallus et fonction phallique chez Lacan



Le constat que nous faisons d’emblée en abordant le concept de phallus chez Lacan est qu’il constitue une pièce maîtresse de la structure. Il est solidaire à la fois du complexe de castration, donc de l’Œdipe, du langage, donc du rapport entre signifiant et signifié, et du réseau symbolique des échanges, notamment les structures élémentaires de la parenté. Solidaire également de la métaphore paternelle, du nouage entre le réel, le symbolique et l’imaginaire, de ses modes d’assujettissement (psychose, névrose, perversion) et enfin de la cure analytique elle-même, de son déroulement, de sa terminaison et de sa fin, du transfert.

On peut dire en même temps que la place centrale de ce concept est relativement tardive. Il n’est pratiquement pas mentionné ni dans la thèse de 1932, ni dans « Les complexes familiaux » de 1938, ni dans l’article de 1944 sur l’assertion de certitude anticipée, ni dans celui de 1949 sur le stade du miroir. Il est notable, par exemple, que dans « Les complexes familiaux » le complexe de castration soit appréhendé comme un fantasme, qui « consiste essentiellement dans la mutilation d’un membre, c’est-à-dire dans un sévice qui ne peut servir qu’à châtrer un mâle [1] ». Quant au phallus, il n’est évoqué que comme phallus imaginaire prêté par l’enfant des deux sexes à sa mère. Cela étant, avant même que le « sujet » soit « mis enfin en question », on peut penser que l’attention portée au concept d’anticipation, celle de l’acte comme celle de l’image de soi, implique, dans la structure, la présence d’un manque (au niveau du savoir et au niveau de la prématuration physiologique) qui est déjà un appel au « signifiant perdu » qui définit le phallus.

I

Dans l’enseignement de Lacan, le phallus est introduit à partir de son statut symbolique, ce qui non seulement le différencie de sa représentation imaginaire, mais surtout rend impossible la confusion entre phallus et organe pénien. Ce statut symbolique ne va cependant pas de soi. Dans Le séminaire, Livre II (10 juin 1955), Lacan affirme que, dans le Penisneid, c’est non pas le pénis dont il s’agit « mais le phallus, c’est-à-dire quelque chose dont l’usage symbolique est possible parce qu’il se voit ». Affirmation étonnante, qui témoigne de la prégnance persistante d’une conception représentative du symbolique. En réalité, ce n’est que dans la leçon du 4 juillet 1956 qu’émerge la notion d’un phallus « baladeur », essentielle pour contrer et le phallicisme et l’idée que le phallus serait naturellement un privilège masculin. Cependant, ce phallus baladeur, il est nécessaire que le père l’ait, pour qu’il soit autre chose qu’un « météore ». On a de ce fait le triangle phallus-mère-enfant, et le père est « dans l’anneau qui fait tenir le tout ensemble ».

Les trois séminaires La relation d’objet, Les formations de l’inconscient, Le désir et son interprétation, qui s’échelonnent de 1956 à 1959, constituent incontestablement, avec les Écrits contemporains (notamment « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », du début de l’année 1958, et « La signification du phallus », du printemps 1958), le socle concernant la question du phallus. On notera d’abord l’apparition du schéma sur les trois modalités du manque. Nous le trouvons sous sa forme la plus complète page 269 de La relation d’objet :

Agent - Manque - Objet
Père réel - Castration symbolique - Phallus imaginaire
Mère symbolique- Frustration imaginaire - Sein réel
Père imaginaire - Privation réelle- Phallus symbolique
Ce séminaire est consacré à la critique de la conception de l’objet qui prévalait à l’époque au sein de l’ipa, conception issue essentiellement des thèses d’Abraham et de Klein sur l’objet partiel, le pénis étant considéré comme l’un de ces objets. À quoi Lacan objecte qu’il n’y a pas de relation d’objet possible sans la médiation du phallus, qui ne se confond en aucun cas avec un de ces objets partiels.

Ce tableau rend visibles deux choses. D’abord, la privation se présente comme une catégorie sans laquelle il semblerait impossible de donner une explication suffisante de la différence sexuelle. « La privation, dit Lacan, est un trou réel. » Le père est crédité imaginairement d’être l’agent de cette privation réelle. Notons également que l’agent de la castration est bien le père réel, thèse qui ne variera pas même si le statut du père réel va évoluer pour trouver sa forme définitive dans L’envers de la psychanalyse (18 mars 1970). Ce qui mérite enfin d’être souligné dans ce tableau, c’est la distinction fondamentale entre phallus imaginaire (?) et phallus symbolique (?), puisque c’est de la négativation du premier que naît le second.

On ne saurait quitter le séminaire La relation d’objet sans faire état de ce qui est, grâce à la relecture du cas Sandy et du cas du Petit Hans, vérification de la pertinence de cette nouvelle élaboration du concept de phallus. L’analyse de la phobie est en effet entièrement axée à partir de la fonction du phallus, de même que les essais tâtonnants pour mettre au point, à propos de Hans, la métaphore paternelle.

Dans le séminaire suivant, Les formations de l’inconscient, l’élaboration se poursuit. Ce qui mérite d’être extrait de cette profusion peut être condensé en deux points. D’une part, le phallus symbolique, dans la mesure où il se présente comme absent, est, de par sa nature, « voilé ». C’est à partir de là que le rapport de la femme au phallus est primairement situé : « En tant que femme, elle se fait masque. Elle se fait masque pour, précisément, derrière ce masque, être le phallus » (p. 380). Cela confirme le fait que le phallus symbolique soit corrélé, dans le schéma des trois modalités du manque, à la privation. D’autre part, il s’agit pour Lacan de déterminer la signification du phallus dans la cure. Si nous nous reportons au graphe du désir, tel que présenté page 392, nous observerons que ?, le phallus symbolique, se situe au point de départ, à gauche, de la flèche du deuxième étage, c’est-à-dire de la flèche qui présentifie le transfert, et non la suggestion.

Description de l'image par IA : Diagram de flux avec cercles et flèches, symboles divers, et étiquettes.L'image représente un diagramme de flux avec plusieurs nœuds et flèches. Voici une description détaillée : 1. **Nœuds** : - En haut, il y a deux nœuds : l'un est étiqueté "S(A)" et l'autre "R(A, D)". - En dessous, il y a deux autres nœuds : l'un est étiqueté "Φ" et l'autre "A". - Il y a également un nœud étiqueté "i(a)" en bas. 2. **Flèches** : - Une flèche part de "S(A)" et va vers "Φ". - Une autre flèche part de "Φ" et va vers "A". - Une flèche part de "Φ" et va vers "i(a)". - Une flèche part de "R(A, D)" et va vers "A". - Une flèche part de "A" et va vers "i(a)". - Une flèche part de "i(a)" et va vers "A". - Une flèche part de "A" et va vers "R(A, D)". 3. **Symboles et étiquettes** : - Il y a des flèches avec des triangles à leurs extrémités, indiquant peut-être des transitions ou des actions spécifiques. - Les étiquettes "d" et "m" sont placées entre les nœuds "Φ" et "A", et "A" et "i(a)" respectivement, indiquant peut-être des distances ou des quantités. Ce diagramme semble représenter un processus ou un algorithme avec des transitions entre différents états ou actions.
Dans le graphe définitif, qu’on trouve à la page 817 des Écrits, nous avons, écrit en ce point, la jouissance. D’où une question capitale émerge : ? n’est-il pas le signifiant de la jouissance, sachant que la castration est indiquée à la pointe, à droite, de cette même flèche ? Mais cette définition n’est-elle pas en concurrence, voire en opposition, avec celle qui fait du phallus « le signifiant du désir » ?

Pour commencer à élucider cette question, interrogeons les deux écrits qui, d’une certaine façon, mettent en forme, sur un mode ponctuellement conclusif, cette question du phallus. Lacan rédige son article sur Schreber pendant l’hiver du Séminaire V et son article sur le phallus le printemps suivant. Déjà, dans le séminaire de 1956 sur les psychoses, Lacan avait isolé son fameux signifiant « asémantique ». En effet, dans sa leçon du 11 avril 1956, comme il le rappelle dans « L’étourdit », il avait posé la question du signifiant « qui ne signifie rien ». Autrement dit, en séparant radicalement signifiant et signification, il faisait valoir, négativement d’abord, la nécessité d’un opérateur capable de faire le lien entre les deux. Sans cet opérateur, aucune signification ne peut advenir. Il faut ici être particulièrement précis : le signifiant, dont la forclusion cause l’absence de la métaphore paternelle, est non pas le signifiant ?, mais le Nom-du-Père. Il y a donc deux niveaux à distinguer : un premier niveau dans lequel ? a pour fonction d’assurer la conjonction du signifiant et du signifié – c’est l’objet de l’article sur la signification du phallus – ; puis un second niveau dans lequel c’est non pas cette fonction qui est concernée, mais la signification du phallus lui-même, signification qui est nécessaire pour apporter une réponse à l’énigme de la jouissance phallique. C’est à ce deuxième niveau que la forclusion du Nom-du-Père a pour conséquence qu’il n’y a pas de signification phallique, à savoir que le phallus n’a aucune signification, sans que pour autant il soit empêché, sauf dans la conjoncture dite de déclenchement, de produire des effets de signifié pour tout ce qui n’est pas lui-même. Quand cette signification phallique n’est pas produite, le sujet se trouve confronté à une signification qui n’est pas déterminée, mais qui est une « signification de signification » ou encore une signification énigmatique (10 mai 1956).

Un deuxième élément de cet écrit importe. Dans le schéma dit I, page 571 des Écrits, Lacan écrit le mathème ?0. C’est la conséquence dans l’imaginaire de la forclusion du Nom-du-Père dans le symbolique. On a souvent cité la question extraite par Lacan (p. 571) à ce sujet : « Cet autre gouffre […] nous faut-il le concevoir comme produit en un second degré par l’élision du phallus, que le sujet ramènerait pour la résoudre à la béance mortifère du stade du miroir ? » Puisque assurément Lacan choisit cette solution, il s’ensuit que cette élision du phallus, soit ce qui ressortit à la privation de la mère, serait appréhendée, faute de la signification phallique qui signifie cette élision au moyen de la métaphore paternelle, comme disparition du sujet dans le miroir (cf. l’exemple de Freud où l’enfant signifie, par « bébé O. O. O. », sa disparition spéculaire).

Considérons maintenant l’écrit « La signification du phallus » (« Die Bedeutung des Phallus »), postérieur de six mois. Ce texte commence par un rappel de la querelle concernant le phallus des années 1930 et, en même temps, par une lecture, qui prend parti pour Freud, de cet affrontement. Ainsi, le phallus n’est ni « un fantasme », ni « un objet (partiel, interne, bon, mauvais, etc.) », ni l’organe qu’il symbolise (pénis ou clitoris). Citons maintenant la thèse majeure : « Le phallus est un signifiant […]. C’est le signifiant destiné à désigner dans leur ensemble les effets de signifié, en tant que le signifiant les conditionne par sa présence de signifiant » (p. 690). On voit bien que le phallus conditionne ainsi une signification qui soit non seulement une signification qu’il y a une signification mais une Bedeutung qui ouvre à la possibilité de savoir si le signifié correspond ou non à quelque chose d’existant. Cela étant, Lacan poursuit son développement. D’un côté, le besoin, refoulé originairement de ne pouvoir être articulé dans une demande, réapparaît dans un rejeton qui est le désir (« das Begehren »). De l’autre, le phallus comme signifiant ne « peut jouer son rôle que voilé, signe de la latence dont est frappé tout signifiable, dès lors qu’il est élevé à la fonction de signifiant » (p. 692). On saisit alors pourquoi le phallus est censé donner la raison du désir. Nous avançons ainsi dans cette question fondamentale renouvelée : le phallus signifiant de la jouissance ou du désir ? Le dernier mot, à ce moment épistémique, n’est pas encore dit, ou même déductible.

Enfin, et c’est une préfiguration cette fois de la fonction du phallus dans la sexuation, une femme, ne l’ayant pas, l’est. Mais « c’est pour ce qu’elle n’est pas qu’elle entend être désirée » (p. 694).

II
L’invention de l’objet a traverse le livre VI du Séminaire, Le désir et son interprétation. Ayant posé une différence radicale entre les objets partiels et le phallus symbolique, Lacan se trouve devant la nécessité de formuler une réponse concernant la relation de ? à a. Déjà, dans cette formule que nous venons de citer de « La signification du phallus », nous pouvons lire qu’une femme veut être désirée « en tant qu’elle ne l’est pas / le phallus ». Dans la mesure où c’est en tant qu’objet a qu’elle cause le désir, nous pouvons en déduire, du côté femme, une alternative : ou bien ?, ou bien a. Par ailleurs, là où est le sujet, le phallus n’est pas : « La présence immanente du phallus ne peut […] apparaître dans sa fonction formelle qu’avec la disparition du sujet lui-même » (22 avril 1959). Doit-on en déduire que tout sujet est privé de ? et que c’est dans un autre temps logique que s’opère la sexuation entre l’avoir ou l’être ? C’est effectivement ce qu’on peut conclure, d’abord de la composition du fantasme – dans le fantasme, « l’objet prend la place de ce dont le sujet est privé » –, ensuite de la relation entre sexes – une femme aime « cet être […] qui est précisément l’autre, à savoir l’homme en tant qu’il est privé du phallus » (7 janvier 1959). Nous nous confrontons là à un dilemme de lecture : peut-on affirmer, ou non, que la privation (manque réel d’un objet symbolique) vaut pour l’homme ? N’est-ce pas faire fi de ce que l’homme a le phallus ? Nous tranchons pour soutenir que la privation vaut pour tout sujet, homme ou femme, et que le rapport de l’homme à l’avoir, qui découle de la sexuation, ne contredit pas cette privation. Pour éclairer ce point, il suffit peut-être, par anticipation, de faire valoir que c’est seulement par exception que le « père réel » échappe à la fonction phallique et que l’homme, lui, se retrouve avoir le phallus selon un mode qui est celui du dépôt. On peut d’ailleurs aussi, pour argumenter dans ce sens, citer un dire à peine postérieur (24 janvier 1962) de Lacan : « Il n’est pas sans l’avoir […] ne veut pas dire qu’il l’a. »

Cette thèse est ce qui nous introduit à la fonction phallique : l’avoir ou l’être est une alternative qui ne se pose qu’à partir de ceci que tout sujet en est privé. On pourrait la formuler ainsi : la castration porte sur le phallus comme objet imaginaire, son mathème est – ?. Elle a pour effet la privation : tout sujet est privé de ?. Reste alors pour le sujet à se sexuer, avoir et/ou être le ?. L’intérêt de cette thèse est de fonder une distinction entre d’une part la castration, qui pose le manque symbolique du phallus imaginaire, et d’autre part un autre moment structuralement différent, et qui préfigure le mathème S(Description de l'image par IA : x

x), c’est-à-dire une opération qui explicite que ce ? ne peut faire que l’Autre ne soit pas barré.
Dans l’analyse que Lacan fait, dans Le désir et son interprétaton, de la tragédie d’Hamlet, il commente deux scènes qui correspondent à ces deux moments. La première est celle dans laquelle Hamlet, consécutivement à la perte d’Ophélie et à son deuil, s’identifie symboliquement dans la filiation paternelle : « Moi, Hamlet le Danois. » Voilà ce que Lacan en dit (22 avril 1959) : « […] le trou de la perte dans le réel mobilise le signifiant. Ce trou offre la place où se projette le signifiant manquant, essentiel à la structure de l’Autre. Il s’agit de ce signifiant […] qui est essentiellement le phallus sous le voile ». La deuxième est la scène finale, dans laquelle Hamlet est tué par Laërte et, avant de mourir, tue enfin Claudius, le roi usurpateur. Il s’agit là non plus de l’émergence du phallus dans la place du trou, mais de l’atteinte au phallus. Or, Lacan fait remarquer que cette atteinte réussit non pas du fait que Claudius serait tué en tant que phallus, mais du fait du sacrifice auquel consent Hamlet « de tout attachement narcissique » (29 avril 1959), en acceptant de mourir.

Cette dualité concernant l’émergence et l’atteinte peut nous aider à ne pas lire trop vite et à contresens les définitions ultérieures du phallus. Dans la leçon viii du Transfert, Lacan, après avoir mis en garde contre l’ambiguïté de la distinction ?/?, propose une formule « abrégée » du phallus (?) : « Symbole à la place où se produit le manque de signifiant » (p. 278). Retenons cette définition. Elle indique clairement que le manque de signifiant est, dans la structure de l’Autre, logiquement premier. Le phallus vient à la place de ce manque, mais cela ne veut pas dire qu’il peut annuler ce manque. Il le révèlerait plutôt, si sa dégradation imaginaire n’avait pour conséquence de dissimuler le réel de ce manque. Résumons : la structure de l’Autre est originairement frappée d’un manque ; ? émerge, par la négativation de ?, à la place de ce manque ; par cette soustraction de ? à l’Autre, l’objet a se trouve produit. « Le petit a, c’est le A moins ? » (p. 259). Par ce mouvement, le phallus (?) est toujours « soustrait à la chaîne de la parole ».

Dès lors, Lacan peut décliner le tableau des dégradations imaginaires de ? dans la névrose obsessionnelle, l’hystérie et la perversion :

dans la névrose obsessionnelle : Description de l'image par IA : xx ? ? (a, a’, a’’, a’’’…). Les objets a sont étalonnés par le phallus imaginaire (masquant le réel du manque dans l’Autre). L’Autre, pris pour le phallus, est bien atteint (Description de l'image par IA : xx), mais imaginaire-ment ;
dans l’hystérie : Description de l'image par IA : début fraction a sur négatif phi fin fraction\frac { a } { - \varphi } ? A. L’Autre est restauré (A) pour permettre à l’hystérique de masquer la castration (– ?) sous l’objet a ;
le plus intéressant est cependant le cas de la perversion. Pour cette raison, nous allons citer un peu longuement un paragraphe du Transfert (p. 306), dont on peut rêver qu’il soit étudié dans les écoles : « Entendez-moi bien. J’accentue maintenant que, du point qui, comme structural, représente le défaut du signifiant, le phallus, ?, peut fonctionner comme le signifiant. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce qui définit comme signifiant quelque chose dont nous venons de dire que, par hypothèse, par définition, au départ, c’est le signifiant exclu du signifiant ? Est-ce donc qu’il n’y peut entrer que par artifice, contrebande et dégradation ? – et c’est bien pourquoi nous ne le voyons jamais qu’en fonction de ? imaginaire. Mais alors, qu’est-ce qui nous permet d’en parler tout de même comme signifiant, et d’isoler ? comme tel ? C’est ce que j’appelle le mécanisme pervers. » Le mécanisme pervers, compositeur du fantasme, est ainsi ce qui, identifiant le signifiant du manque dans l’Autre à ?, verrouille le sujet dans le tout-phallique.

Le séminaire suivant, L’identification, va élaborer une topologie susceptible d’offrir une monstration réelle de ?. Cette monstration a notamment lieu dans la leçon du 23 mai 1962 et dans les leçons qui suivent en juin. Notons préalablement qu’en recourant de cette façon à la topologie, Lacan effectue une révolution épistémique. Il s’agit non plus en effet de construire des schémas, des graphes ou des modèles susceptibles de rendre compte de la clinique analytique, mais de se laisser guider par l’expérience topologique elle-même, qui devient la référence. Ainsi, supposons le découpage d’une rondelle dans une sphère. Les bords du trou sont alors raboutés de telle sorte que chaque point de ces bords soit conjoint à un « point antipodique », ce qui oblige les bords (fictivement, dans la mesure où ce n’est pas réalisable dans un espace à trois dimensions) à s’interpénétrer dans leur croisement. Nous obtenons un cross-cap. Le trou qui fait support à cette opération devient désormais un point privilégié : « Ce point privilégié, nous en connaissons la fonction et la nature, c’est le phallus » (23 mai 1962). Le point-trou est privilégié justement de n’être pas réductible (comme ce serait le cas si on raboutait les bords non antipodiquement). Dès lors, il peut se prêter à diverses monstrations dont la plus fondamentale est celle-ci : à effectuer, autour de ce point-trou, une coupure qui se boucle au deuxième tour, on obtient la division du cross-cap en deux parties, une unilatère, avec une structure möbienne, l’autre bilatère.

Description de l'image par IA : Ligne sinueuse avec une flèche pointant vers le haut et une ligne pointillée.L'image représente une illustration en noir et blanc d'une forme sinueuse et enroulée. La forme principale est composée de deux boucles principales, l'une au-dessus de l'autre, avec une courbe plus petite reliant les deux. La boucle supérieure est plus petite et plus serrée, tandis que la boucle inférieure est plus grande et plus ouverte. Une ligne pointillée traverse la boucle supérieure, reliant deux points étiquetés "6" et "7". La ligne pointillée suit le contour de la boucle supérieure, indiquant une connexion ou un chemin entre les points étiquetés. L'image semble être une illustration technique ou mathématique, peut-être représentant un concept ou une relation entre les points "6" et "7".
Cette monstration présentifie la division, qui est masquée dans le cross-cap en tant que fantasme, entre $ et a. Dans cette séquence, le plus décisif est de noter que ce point-trou qu’est le phallus est ce qui abolit la signifiance de l’Autre, c’est-à-dire pose la limite sans laquelle le signifié ne serait jamais subjectivable, tout en faisant ressortir un reste, l’objet a, qui n’est pas symbolisable. Enfin, cette élaboration confirme le statut de la privation. Lacan, en s’appuyant sur la case vide du quadrant de Peirce, démontre la nécessité, pour tout un chacun, homme ou femme, de cette privation du phallus, à partir de laquelle va pouvoir être construit le tableau de la sexuation.

Sans doute est-ce dans cette phase de gestation et de développement du concept de phallus, une fois mis en évidence son statut symbolique, que la lecture de Lacan est la plus délicate et peut donner lieu à de multiples malentendus, dont le point commun nous semble être la rémanence d’une interprétation génético-développementale de Lacan, là où il est impératif d’adopter, même par forçage quelquefois, une lecture structurale décidée.

Cette période trouve une conclusion dans le texte des Écrits « Subversion du sujet et dialectique du désir ». Grâce encore une fois à l’écrit, Lacan y avance une formule ciselée qui condense sa réponse sur le rapport entre – ? et ? : « Le passage du – ? (petit phi) de l’image phallique d’un côté à l’autre de l’équation de l’imaginaire au symbolique, le positive en tout cas, même s’il vient à remplir un manque. Tout support qu’il soit du (– 1), il y devient ? (grand phi), le phallus symbolique impossible à négativer, signifiant de la jouissance » (p. 823).

Nous trouvons enfin la réponse à notre question : le ? est le signifiant de la jouissance. Cette réponse implique rétroactivement une certaine lecture : tout sujet rencontre la castration. Ce qui n’a pas lieu pour tous, c’est la métaphore paternelle qui conditionne la possibilité pour un sujet de donner une signification à ?. D’une certaine façon, ce n’est que dans le cas où le sujet dispose de cette signification que le phallus indexe son désir, mais, si l’on prend le phallus dans sa portée universelle, c’est bien de la jouissance qu’il est le signifiant. La définition du phallus comme signifiant du désir correspondrait à une théorie restreinte qui vaudrait, non cependant sans quelques effets ennuyeux, pour la névrose et la perversion. La définition du phallus comme signifiant de la jouissance est la théorie générale. À partir d’elle, deux questions, déjà abordées, vont pouvoir trouver une nouvelle voie de résolution : 1) au regard de ce ?, qu’en est-il de la sexuation homme/femme ? 2) au regard de ce ?, qu’en est-il du rapport entre ? et S(Description de l'image par IA : x

x) ?

Date de mise en ligne : 01/08/2007

https://doi.org/10.3917/psy.010.0095

Alain Giraud Psychanalyste Avignon

Mon propos
La compréhension du terme « phallus » est trop fréquemment incomprise ou déformée et la déformation conduit soit à fermer les vannes de la compréhension, soit à propager des idées fausses sur le sujet. Dans ses recherches et dans ses premiers écrits S.Freud passe du phallus au pénis sans vraiment nous indiquer la distinction entre les deux. Cela donne aujourd’hui quelques incompréhension, quelques difficultés d’explication pour distinguer l’un de l’autre, et quelques arguments pour certains qui déchargent leurs tensions et restent ainsi dans l’illusion d’une partie de leur propre phallus qu’ils craindraient d’avoir perdu.

Lacan précise les autres le suivent
Depuis J. Lacan phallus et pénis sont bien différenciés. (Je remarque à ce propos qu’il y a bien davantage de détracteur de S.Freud que de J. Lacan) Du point de vue de l’enseignement de la psychanalyse Le pénis est l’organe sexuel masculin et le phallus est ce qui confère le pouvoir et la puissance au sujet (maison, grosse voiture, poste professionnel important, compte en banque, etc.). Cela ne veut pas dire que l’inverse est vrai, c'est-à-dire que toute personne qui possède une grosse voiture par exemple est-en mal de phallus.

La symbolique du phallus
Il est une fantasmatisation, une symbolique d’une représentation individuelle de ce qui est désiré et mènerait à une jouissance, un plaisir intense et individuel. Le désir du phallus est le désir de posséder la puissance qui est ressentie comme manquante, maitriser le phallus c’est détenir le phallus contre vents et marrés. Mais le désir de chacun varie selon ses propres représentations de la réalité, c'est-à-dire de ce qu’il pense, de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent, de la réalité extérieure tout en la confrontant intérieurement à son vécue inscrit dans son inconscient et préconscient c'est-à-dire refoulé ou classer thématiquement dans sa mémoire. Par conséquent, il existe un phallus pour chacun issue de son propre besoin ou désir de puissance qui lui-même est issue de ce qui manque à chacun pour se sentir existant et vivant. Le sujet adulte sera existant et vivant dans sa réalité selon ses capacités à la percevoir, à la ressentir, à l’analyser, à la synthétiser, à s’inscrire en tant qu’acteur. Il s’agirait de dire que si le phallus du sujet est blessé, meurtri, en manque de reconnaissance, alors ses capacités à se sentir existant et vivant en seront d’autant plus amoindri. Il est à noter que si le phallus est le pouvoir, il est aussi la symbolique de la loi universelle, c'est-à-dire ce qui est appelé en psychanalyse la loi du Nom du Père. En d’autres termes, l’enfant lorsqu’il a entre 3 et 6 ans est soumis à ses désirs pulsionnels d’autant plus que sa zone érogène prédominante est la zone génitale. L’enfant va donc mettre en œuvre tout ce qu’il a appris précédemment dans son évolution psycho-sexuelle pour confirmer qu’il a bien le pouvoir de séduction sur l’une des deux figures parentales. Exemple : « Moi plus tard je me marierai avec maman dit le petit garçon installé à l’arrière de la voiture. Non ! lui répond sa sœur assise juste à côté de lui, moi je me marierai avec Papa ! » Et ainsi de suite, personne ne s’entend, la chose attendue est l’acquiescement de l’adulte consentant qui ne viendra pas et ne doit pas venir et dont le garant dans le cas des deux genres est la figure paternelle garant de la loi du tabou de l’inceste. A ce propos Green nous dit que " Le phallus serait le signifiant de la jouissance. N'oublions pas aussi qu’il est le signifiant de l'autorité. Autrement dit de la jouissance du Père et de sa Loi." (Green Le complexe de castration P.124-), il résume en une phrass les mots majeurs du signifiant phallus : l'autorité, la jouissance, la loi.

Le phallus blessé phallus à panser
Prenons le cas de Madame V. qui me dit lors de sa prise de contact téléphonique « je me sens amoindri par mon mari que je ressens comme un pervers narcissique : il m’insulte, me menace, m’isole, me rabaisse, je me sens objet malmené. Je voudrai qu’on me dise comment me battre contre lui » ou encore celui de Monsieur B. qui dit « Au travail je n’arrive pas à faire face à la surcharge de travail, on m’en demande de trop, on ne me reconnaît pas, mes compétences sont mises au placard, en plus je suis épuisé, je ne vaux plus rien. Comment faire ? ». Il y a dans ces deux exemples, les signes de deux épuisements nerveux, d’un état de stress qui pourrait atteindre le corps du sujet. N’oublions pas que le phallus représente tout élément qui nous permet de croire que nous avons une puissance et/ou une certaine valeur ou ce qui donne de la valeur.Il ne s’agit pas du combat des phallus qui ferait penser au Combat des chefs de la bande dessinée Astérix de R. Goscinny et A. Uderzo (dessin) publié en 1966, mais il s’agirait plutôt, parallèlement à l’intervention de la loi qui représente également le phallus organisationnelle et sociétal, de récupérer son propre phallus par l’intermédiaire de la psychothérapie qu’elle soit de soutien ou analytique. La puissance est ancrée dans l’inconscient de chacun et des fois quelques petites barrières l’empêchent de se développer pour accepter une nouvelle réalité. En conclusion dans ces deux cas d’emprise l’un de couple et l’autre de burn-out, l'appel à la loi est primordial et la psychothérapie aide à se re-construire.

Le phallus convoité
Puisque vous avez bien compris la différence entre phallus et pénis, nous pouvons aller plus avant dans l’exposé. A partir de maintenant nous pouvons poser la question suivante : « Certains sujets sont-ils attirés par la convoitise du phallus de l’autre ? » La réponse est oui, mais pas seulement! Tout le monde n’est pas attiré par le phallus de l’autre, certain sont attirés par l’affirmation de leur propre phallus, d’autre se contentent de leur phallus et le protège, d’autres veulent faire grandir leur phallus, d’autres encore veulent le retrouver, d’autres veulent le penser et/ou le panser, d’autres se défendent d’être jaloux de celui de leur voisin, etc. Bon si vous avez encore tendance à confondre phallus et pénis, changer le premier terme par « puissance ou pouvoir » et tout ira mieux. La séduction par exemple, c’est la recherche de la reconnaissance de son propre phallus de séduction, c'est-à-dire la validation de son propre pouvoir de séduction. Ah je vois que ça coince ! Et la femme dans tout cela ? La femme est aussi à la recherche de la validation de son phallus de séduction puisque le phallus de séduction est sa propre puissance ou pouvoir de séduction. Donc cela veut dire que l’homme et la femme ont leur phallus ? Et bien oui ! Voilà le tour est joué, vous avez compris la différence entre phallus et pénis !

De la sensation de castration
Si vous avez bien lu ce qui a été dit précédemment alors ce qui va se dire sera pour vous qu’une confirmation de ce que vous avez compris, c'est-à-dire une évidence. Quand on parle de castration, on parle bien de la castration du phallus. Par conséquent de l’amputation de tout ou partie du pouvoir ou de la puissance du sujet. Ainsi on remarque que l’adulte masculin ou féminin peut être en proie à la sensation de la castration à n’importe quel moment. L’avez-vous déjà éprouvé ? Oui bien entendu puisque les interrelations tournent souvent autour du sujet du pouvoir qui renvoie au sujet de sa rassurance sur son propre pouvoir, et bien heureusement rarement au détriment de l’autre. Dans le cas contraire, si la jouissance du sujet est basée sur le plaisir de détruire l’autre alors le ou la pervers narcissique serait démasqué(e). Ce qui distingue le sujet pervers est la jouissance dans la destruction de l’autre en tant que proie, cible ? Oui tout à fait ! Dans le cas contraire, sans porter atteinte à autrui, à vous-même, ou à votre environnement social, familial, amical, professionnel, vous n’êtes pas dans un fonctionnement pervers mais plutôt dans une recherche de reconnaissance ou de compétences ou de liens qui vous rassure sur votre socialisation, votre capacité d’adaptation dans le respect des contraintes organisationnelles qu’elles soient sociétales ou professionnelles. La castration est donc l’amputation de toute ou partie de ce pouvoir, de ces compétences. Le sujet peut être castré par l’autre ou se castrer lui-même, il sera alors dans une dévalorisation de ses capacités, de ses compétences, de son pouvoir, de sa puissance à exister et à vivre, à s’inscrire. Néanmoins ce qu’il ressentira de cette castration sera en lien direct de ce qu’il percevra de son environnement c'est-à-dire de sa représentation qui est en lien direct avec ses affects et sa façon de se percevoir : ce qui sera castration pour l’un ne le sera pas obligatoirement pour l’autre. Tout dépend de la manière dont l’enfant qu’il ou elle a été a su ou non intégrer les éléments qui lui ont été proposés dans son développement psychosexuel. Si cela vous fait penser à ce qui est dit plus haut en parlant du développement de l’enfant entre 3 et 6 ans qui est soumis à ses désirs pulsionnels d’autant que sa zone érogène prédominante est la zone génitale et qu’il mettra tout en œuvre pour confirmer qu’il a bien le pouvoir de séduction sur l’une des deux figures parentales et que la figure paternelle posera son interdit, alors la castration est là ! Et c’est en acceptant la loi paternelle, c'est-à-dire l’amputation de son pouvoir de séduction sur le sexe opposé ou pas d’ailleurs que l’enfant trouvera sa propre puissance et son propre phallus, son pouvoir de séduction à l'extérieur du couple des figures parentales.nasio nous dit une phrase tellement simple mais tellement vrai qui illustre bien ce qui vient d'être dit "Craignant de perdre le phallus vénéré qu'il croyait détenir, le garçon est amené à préférer son pénis à sa mère" ( J. D Nasio - L'Œdipe, éd. Petite Bibliothèque Payot, 2005, p 73) et il continue en disant "Le phallus pour la fille n'est pas le pénis mais l'image de soi" ( J. D Nasio - L'Œdipe, éd. Petite Bibliothèque Payot, 2005, p 75)

Pour terminer
Pour faire simple et vrai, l’angoisse de castration ou la menace de castration repose bien sur le phallus et non pas sur le pénis ! Ce qui angoisse l’enfant entre 3 et 6 ans environ est la perte de son pouvoir d’attraction d’enfant tout puissant ! S’il vous plait de comprendre cela, alors vous ne prendrez plus les voies pénétrables des détracteurs qui profites des recherches de Sigmund sans controverser ses descendants tels que Lacan, Jung, Klein, Winnicott. Cet exposé sera complété par la suite ou pas...

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